Sunday, December 14, 2008

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Timides signes d'ouverture
au Turkménistan 

De notre envoyé spécial à Achgabat, Igor Mutbaev

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Pour rendre son pays plus présentable, Gourbangouly Berdymoukhamedov devrait notamment faire déplacer la statue en or de son prédécesseur qui tournait avec le soleil au centre de la capitale.
Pour rendre son pays plus présentable, Gourbangouly Berdymoukhamedov devrait notamment faire déplacer la statue en or de son prédécesseur qui tournait avec le soleil au centre de la capitale. Crédits photo : AP

Des élections législatives se tiennent dimanche alors que le président, Gourbangouly Berdymoukhamedov, essaie de gommer les aspects les plus extravagants de la dictature de son prédécesseur.

«Les élections ? Lesquelles ? Je ne sais même pas qui est candidat», affirme cet ambulancier qui fait le taxi pour compléter son maigre salaire mensuel, 3,5 millions de manat, soit 180 euros. Sa Jigouli file entre les palais et les imposants édifices publics qui poussent comme des champignons à Achgabat, la capitale turkmène, grâce à l'argent du gaz dont ce pays de désert posséderait les cinquièmes réserves du monde. Aucune affiche de campagne ne souille le marbre de Carrare.

«Ces élections ne seront absolument pas démocratiques, mais c'est déjà beaucoup», assure un fonctionnaire d'une organisation internationale à laquelle le Turkménistan a demandé assistance, pour la première fois, afin d'organiser le scrutin de dimanche. Pour désigner les membres d'un Parlement dont les pouvoirs seraient renforcés, plus de 2,5 millions d'électeurs sont appelés aux urnes. C'était impensable il y a deux ans seulement, lorsque cette ancienne république soviétique d'Asie centrale peuplée de 5 millions d'habitants vivait sous la férule de Saparmourad Niazov, un dictateur loufoque et cruel.

À la mort de Turkmenbachi (le «père de tous les Turkmènes»), le 21 décembre 2006, son ministre de la Santé, Gourbangouly Berdymoukhamedov, appelé à lui succéder, annonçait une présidentielle avec plusieurs candidats. Confronté à cinq inconnus, il l'emportera en réunissant 89 % des suffrages. Le 26 septembre dernier, le Turkménistan adoptait une nouvelle Constitution restaurant le multipartisme. Une décision prise à l'unanimité par les 2 507 membres du Conseil du Peuple, qui s'est dissous par la même occasion. Mais «lorsque vous regardez en détail cette nouvelle Constitution, il y a de quoi être inquiet. Les pouvoirs du président sont renforcés», note Maria Lisitsyna, de Human Right Watch.

Les 288 candidats en lice pour l'élection des 125 députés du Parlement dimanche «ne peuvent même pas s'adresser à la population sans autorisation du pouvoir. Ils sont tous présentés soit par le Parti démocrate, le seul enregistré, soit par "Galkynysh"», une structure qui chapeaute les soi-disant ONG, toutes contrôlées par le pouvoir», explique un diplomate occidental.

Pour rendre sa République plus présentable, Gourbangouly Berdymoukhamedov, qui aimerait vendre son gaz en Europe pour moins dépendre de Moscou, gomme les aspects les plus ubuesques du régime dont il a hérité. Les mois ne portent plus les prénoms de la mère du président ou des poètes et héros nationaux. Le Roukhnama, avec sa couverture rose, ce livre «prophétique» signé Turkmenbachi mêlant platitudes morales et réécriture nationaliste de l'histoire ne sert plus de base à l'enseignement des enfants. Et la statue en or du défunt chef de l'État qui tournait avec le soleil devrait quitter le centre de la capitale pour la périphérie.

De timides réformes

Des réformes ont été entreprises. Notamment le retour à une scolarité de dix années. «Turkmenbachi a laissé notre système éducatif en ruine, Berdymoukhamedov l'a compris et tente de corriger le tir», se réjouit un Russe d'Achgabat. Mais le lifting reste léger. Revenu enthousiaste d'un voyage officiel en Corée du Sud, début août, le président a exigé que les grues qui barrent le ciel de sa capitale soient éclairées la nuit, comme à Séoul. Rien n'est trop beau pour la «Nouvelle Renaissance» du pays. L'argent du gaz turkmène part dans de grandioses projets de construction … tandis que, hors de la capitale, les Turkmènes ne disposent pas de l'eau et de l'électricité en continu.

Flatter la fierté nationale sans lâcher la bride … Les portraits de Turkmenbachi ont été décrochés et remplacés par ceux de Berdymoukhamedov, généralement sertis de cadres dorés, même à l'extérieur. Dans un pays où tous les contre-pouvoirs ont été écrasés, le culte de la personnalité demeure un outil des plus efficaces.


http://www.lefigaro.fr

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